
| Conference avec Alain Timar & Tang Shu-Wing |
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La parole du corps d'Alain Timar et Tang Shu-Wing.
Rencontre avec Alain Timar et Tang Shu-Wing sur le thème « Le Théâtre français contemporain» organisée par de l’Alliance française de Hong Kong à la Médiathèque le jeudi 12 février 2009 à 19h00 Alain Timar, directeur du Théâtre des Halles en Avignon, et Tang Shu-Wing, metteur en scène hongkongais qui a vécu en France et y a fait ses études de théâtre, ont des parcours différents, mais leurs conceptions de l’art dramatique se rejoignent concernant la place accordée au corps sur une scène de théâtre et les conditions de création d’une pièce. Tang Shu-Wing compare l’évolution du corps sur la scène à une calligraphie, un « dessin du mouvement du corps dans l’espace, qui est très poétique ». Cette approche physique du théâtre le rapproche de la danse, art « primordial » pour le metteur en scène hongkongais. La danse se retrouve dans la conception qu’a Alain Timar du métier d’acteur : l’interprète doit être aussi danseur, pour acquérir la maîtrise de l’espace et du temps, et enfin musicien, pour utiliser sa voix comme instrument dont on peut jouer sur une gamme allant du son à la parole. Les deux metteurs en scène s’accordent sur la dynamique créatrice qu’offre le théâtre lorsqu’il laisse se déployer sur la scène le corps, lui que la vie quotidienne contraint dans le carcan des codes sociaux et qui est prisonnier de la double limite de l’espace et du temps réels. Pour libérer le corps, Tang Shu-Wing invite ses comédiens à une phase de méditation, Alain Timar parle, lui, d’une « Basic Neutral Position » par laquelle, en silence, « on est avec soi, dans soi, mais aussi à l’extérieur, avec les autres ». Tous deux tendent vers le même objectif : faire accéder les acteurs à un « état zéro », une déconnexion de leur partie réflexive pour qu’ils puissent s’exprimer sans se juger, s’« ouvrir », grâce à cette acuité nouvelle, à eux-même et aux autres. Une fois dissipé le masque social, « le corps rencontre l’espace et le temps », selon l’expression de Tang Shu-Wing. Les deux hommes évoquent aussi certaines pratiques théâtrales visant à épuiser le corps par un effort physique prolongé afin que le comédien laisse affleurer sa part la plus enfouie, abandonne ses réflexes de la vie sociale pour « être », et non plus « jouer à paraître », comme le souligne Alain Timar. Les décors imposants, qu’Alain Timar qualifie de « superfétatoires », ne font pas le théâtre, ils ne sont pour lui qu’artifice. Chacun à un bout du monde, les deux metteurs en scène préfèrent le dépouillement, l’épure, qui rend plus intense l’échange entre comédiens et public. L’« univers fascinant » découvert par l’acteur aux spectateurs amène ces derniers à s’ouvrir aussi et à dépasser leur rôle social, selon Tang Shu-Wing, pour qui faire du théâtre c’est « connaître la vie et parvenir à la réalisation de soi ». A une question posée sur l’approche du texte dans le travail de mise en scène, Alain Timar répond qu’il faut « déclarer la guerre au texte ». Tang Shu-Wing le rejoint en ajoutant que le texte ne peut être amené qu’après une recherche sur le positionnement des corps les uns par rapport aux autres et la mise en place d’une « chaîne de mouvements ». Le travail théorique sur le texte est indispensable, mais ensuite la parole du corps doit guider la diction du texte. Selon le metteur en scène hongkongais, la mission du metteur en scène est de proposer non pas une interprétation, qui se limiterait à transmettre « ce qu’il aimerait que l’histoire raconte », mais une « vision » de la pièce, en faisant « passer l’histoire à travers le corps ». L’essentiel est transmis par le « corps vivant », ce qui vient de l’intérieur intervient aussi, mais dans une moindre mesure. La création, pour les deux hommes de théâtre, naît entre ordre et désordre : l’œuvre a besoin du désordre pour surgir du chaos, et c’est grâce à l’ordre qu’elle prendra forme, qu’elle sera bâtie. Il s’agit d’un difficile équilibre à trouver, puisque, comme le dit Tang Shu-Wing, « il faut être discipliné et chaotique en même temps », ce qui implique de « créer les moments chaotiques consciemment ». Alain Timar conçoit lui aussi la création de l’œuvre théâtrale comme le fruit d’un « dialogue entre ordre et chaos ». Pour Tang Shu-Wing, la création fait intervenir la trinité hindouiste « construire, préserver, détruire », et il constate qu’en vingt ans, il a évolué d’une démarche tournée vers les deux pôles « créer » et « préserver », vers une démarche où « la destruction engendre la beauté, la poésie de créer ». Ce bel échange entre Orient et Occident autour de l’art dramatique s’est achevé sur cette idée d’Alain Timar d’un théâtre qui, dans sa recherche de la beauté, accepte la part du chaos plutôt que de la nier; chacun doit « être conscient de l’ombre » pour pouvoir « monter vers la lumière ». Caroline Bonnaud
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